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Ahmed Boukous
À
la mémoire du regretté
Ridwan COLLINS
[Note de mondeberbere.com : Nous avons adapté la
transcription de cet article à celle utilisée sur Mondeberbere.com.
Le trait spirant de certains segments est indiqué avec un tiret
souscrit. La pharyngale sourde (e.g. Muhâmmad) transcrite
isolément est représentée par un /H/ majuscule]
Les berbérisants n’ont eu qu’un intérêt limité pour l’étude du berbère
en Tunisie ; la raison principale semble en être le statut marginal de
cette langue dont les locuteurs ne dépassent pas 1% de la population
tunisienne. En outre, cet intérêt est surtout d’ordre historique dans la
mesure où le berbère tunisien est considéré comme un substrat dont
l’analyse est susceptible d’éclairer les modalités de la continuité et
de la variation spécifiques aux parlers tunisiens et d’illustrer
quelques-uns des mécanismes de l’évolution du berbère en général.
L’objet de ce papier est de présenter un compte-rendu succinct des
principaux travaux consacrés aux parlers berbères de Tunisie (désormais
PBT), viz., (PROVOTELLE 1911, PENCHOEN 1968 et COLLINS 1981). Cette
présentation va nous conduire à examiner la distribution des PBT, leurs
structures - en particulier dans les domaines de la phonologie et de la
morphosyntaxe - et, enfin, la situation sociolinguistique du berbère en
Tunisie.
1
- RÉPARTITION SPATIALE
A.
BASSET (1952) et, à sa suite, PENCHOEN (1968) estiment à environ 1 % de
la population globale de la proportion des locuteurs berbérophones en
Tunisie, dont près de 40 % sont concentrés à Djerba. Ces locuteurs se
répartissent en 13 " villages " situés dans le sud tunisien, dont 5 à
Djerba, le plus au nord étant à hauteur de Gafsa. Ces " villages " se
regroupent en quatre communautés, viz.,
- Tamagourt et
Sened à l’est de Gafsa ;
- Zraoua,
Taoujjout et Tamazratt à Matmata ;
- Chnini et
Douiret à Foum Tataouine ;
- Adjin Guellala,
Sadouikech, Elmal, Mahboubine et Sedghiane à Djerba.
La situation
linguistique telle qu’elle est décrite dans A. BASSET (1952) a quelque
peu changé depuis. En effet, PENCHOEN (1968) a noté qu’à Sened seuls les
vieillards parlent encore le berbère. Notons qu’au début du siècle,
cette communauté était exclusivement berbérophone (cf. PROVOTELLE 1911).
En revanche, les villages de Matmata et ceux de Foum Tataouine sont
encore entièrement berbérophones. A Djerba, Guellala reste totalement
berbérophone, tandis que Sadouikech l’est à moitié et Adjim au tiers
seulement. A Elmal, le berbère est encore parlé par quelques centaines
de personnes.
2
- PERMANENCE ET ÉVOLUTION
Les PBT ont des structures phonologiques et morphosyntaxiques similaires
à celles des autres parlers berbères.
2.1. La
littérature linguistique consacrée aux PBT n’est ni abondante ni
approfondie. En effet, une douzaine de travaux seulement ont eu pour
objet d’étude la langue et/ou la littérature orale(s) ; en outre, en
considérant de près ces travaux, force est de constater qu’à l’exception
de l’Étude sur la Zenatia de Qalaat Es-Sened du Dr PROVOTELLE
(1911), on ne dispose d’aucune description d’envergure ; cette
Étude... comprend des éléments généraux sur la phonétique et la
morphologie du parler de Sened, sept textes transcrits et traduits et un
glossaire français-berbère (parlers divers). Il va sans dire que cette
description reste un travail d’amateur. Près de 60 ans plus tard,
PENCHOEN (1968) livre une esquisse succincte et claire des PBT dans leur
état actuel ; cette esquisse présente les grandes lignes du système
phonologique, de la morphologie nominale et verbale ; elle met en
lumière l’importance de l’emprunt à l’arabe et expose la situation
sociolinguistique du berbère en Tunisie. Enfin, elle traite du problème
de la scolarisation des enfants berbérophones. Le travail le plus
récent, à ma connaissance du moins, est dû au regretté R. COLLINS, que
la linguistique berbère vient de perdre. Cette contribution représente
une analyse fouillée du système verbal et des satellites dans les
parlers de Tamazratt (Tamezret, Guellala et Douiret). Il apparaît donc
que les PBT sont loin d’avoir retenu la même attention que les parlers
d’Algérie et ceux du Maroc (v. bibliographie). Du reste, l’intérêt
suscité par les PBT est surtout d’ordre historique, viz., il s’agit,
dans la plupart des études effectuées, de recueillir des données
d’ailleurs souvent éparses et partielles - sur les structures de l’un
des chaînons du berbère oriental dont certains maillons - après ceux
d’Égypte et de Libye - agonisent à vue d’œil et à " vie d’homme ".
2.2. Les
PBT illustrent, avec la même netteté que les parlers d’Algérie et du
Maroc, le paradoxe de la langue berbère, viz., l’unité dans la
diversité. Voici une liste de mots qui attestent ce fait (cf. PROVOTELLE
1911, pp. 10-11) :
| |
Sened
|
Tamazratt
|
|
" cendre "
|
ighd |
ermad (ar.)
|
|
" dire "
|
emmel
|
enna |
|
" mourir "
|
emmet
|
ezzef
|
|
" argent "
|
idrimen
|
icemmen
|
|
" fils "
|
memmi
|
afrux
|
|
" fille "
|
illi |
tafruxt
|
|
" montagne "
|
adrar
|
eddahrat
|
|
" vent "
|
atû |
adû |
|
" mer "
|
ilel |
ilil |
|
" vendre "
|
zenz |
zinz |
|
" pied "
|
târ |
adâr |
|
" main "
|
fus |
afus |
|
" homme "
|
argaz
|
aryaz
|
Cette liste montre de façon claire que la variation est tantôt lexicale,
tantôt morphonologique.
2.3. Le
système phonologique des PBT est similaire à celui des autres parlers
berbères (cf. PENCHOEN 1968).
Le
système vocalique se réduit au triangle fondamental, viz., i, a, u.
Le système consonantique est plus étoffé. Il est régi par les
corrélations suivantes : la sonorité, la gémination, l’emphase, la
nasalité et la labiovélarisation. Les ordres
se présentent ainsi :
- labiales: b,
f, m
- alvéolaires:
t, d, n, l, r
- sifflantes:
s, z
- chuintantes:
c, j, tc, dj
- palatales:
k, g
- labio-vélaires
: kw, gw
- vélaires: x,
gh
- post-vélaire :
q
- pharyngales:
H, à
- laryngale :
h
L’examen du consonantisme fait ressortir les faits suivants :
- l’opposition
des phonèmes simples et géminés se traduit en positions intervocalique
et finale après voyelle par la spirantisation du phonème simple et par
l’occlusion du phonème tendu correspondant, viz., t/tt ;
d/dd,. k/kk ; g/gg. On note
à Djerba la correspondance v/bb. Ce processus est largement
attesté dans les parlers algériens et les parlers marocains ;
- l’opposition
h/hh est fonctionnelle ;
- l’opposition à/àà
n’est pas attestée.
2.4. La
charpente de la morphologie verbale et nominale dans les PBT est
également identique à celle des autres parlers berbères (cf. PENCHOEN
1968).
2.4.1. On
distingue dans la morphologie verbale des formes primitives et des
formes dérivées.
Les formes verbales primitives sont :
- la forme
non-marquée ou " aoriste ", e.g., krz " labourer ", af "
trouver " ;
- la forme à
valeur durative ou aoriste intensif, obtenue généralement soit par
gémination d’une consonne radicale, e.g., kerrez, soit par
préfixation de tt, e.g., ttaf ;
- la forme du
prétérit à valeur d’accompli ; elle peut être formée sans alternance,
e.g., krz ; avec alternance vocalique initiale (a-u), e.g.,
-ali- (aoriste), -uli- (prétérit) " monter " ; ou avec
alternance vocalique finale (ø -i/a), e.g., cc
(aoriste), cci/a (prétérit) " manger " ;
- la forme
aoriste précédée de a, ad a valeur d’inaccompli.
Les formes verbales dérivées sont les formes factitive, réciproque et
passive. Elles sont respectivement obtenues par la préfixation du
radical :
- ss, e.g.,
kker-ssekker " se lever " " faire se lever, réveiller " ;
- m, e.g.,
laqqa-mlaqqa " rencontrer " " se rencontrer " ;
- ttwa,
e.g., wet-ttwawt " frapper " " être frappé " ;
On
aura ainsi remarqué la similitude des procédés de formation des thèmes
verbaux dans les PBT et dans les autres parlers berbères (cf. A. BASSET
1952). Notons cependant avec COLLINS (1981) quelques faits secondaires
spécifiques aux PBT, viz.,
- syncrétisme de
la forme du thème de l’accompli et de celle du thème de l’aoriste dans
un grand nombre de verbes, e.g., mir " ouvrir " (parler
Guellala) ; ce fait est évidemment attesté dans d’autres parlers
berbères ;
- chute de la
dentale finale de la particule projective d’aoriste et de négation
lorsque le verbe suivant est à initiale consonantique, viz., dat →
da (Tamazratt), tad → ta (Guellala), sad → sa (Douiret) ;
- chute ou
assimilation de la liquide du morphème discontinu de la négation, viz.,
w.l...c, e.g., w.l ucixc→ w ucixc " je n’ai pas donné "
w.l nnucic → w.nnucic " nous n’avons pas donné ".
2.4.2. Les
formes nominales se distinguent par le genre et le nombre. Le genre
s’exprime de la façon suivante :
- le nom masculin
(singulier) s’obtient par la préfixation d’une voyelle au radical, il
s’agit le plus souvent de a, parfois de i et rarement de
u ;
- le nom féminin
(singulier) se caractérise par l’adjonction de t à la voyelle
pré/radicale du masc. et par la suffixation de t.
La
formation du pluriel s’effectue selon plusieurs procédés, dont les plus
productifs sont :
- pour le nom
masculin : alternance initiale a/i et suffixation de n,
e.g., argaz - irgazen " homme(s) " ; alternance initiale a/i
et alternance interne, e.g., aghyul - ighyal
" âne(s) " ; alternance initiale a/i, alternance interne et
suffixation de n, e.g., afus - ifassen " main(s) " ;
- pour le nom
féminin, d’autres procédés s’ajoutent aux précédents, viz.,
suffixation de -in, e.g., tiddart - tiddarin " maison(s)
" ; parfois la suffixation de -in n’intervient pas, e.g.,
tafesnaght - tifesnagh " carotte(s) ".
Dans le cadre de la morphologie nominale, l’opposition formelle d’état,
viz., état libre - état construit, constitue un domaine où les PBT
connaissent une évolution qui les distingue des autres parlers (cf.
PROVOTELLE 1911, PENCHOEN 1968).
En
effet, cette opposition est neutralisée dans un certain nombre de cas,
viz.,
- les emprunts
arabes non-intégrés ;
- la majorité des
noms au pluriel ;
- lorsque le nom
a une fonction " sujet " (complément explicatif) e.g., ixdem
urgaz → ixdem argaz " l’homme travaille ".
Il
convient de préciser que tous les PBT n’ont pas atteint le même degré
d’évolution à ce sujet. PROVOTELLE (1911) note à cet égard que dans le
parler de Sened l’emploi de la forme de l’état construit n’est pas
absolu, e.g., les formes (itcur s aksum et itcur s uksum "
il est plein de viande ") sont également attestées. En revanche, dans le
parler Matmata, l’usage de la forme de l’état construit est absolu, e.g.
tenna yas urgaz is "elle a dit à son mari".
2.4.3. Les PBT
se caractérisent également par certains phénomènes morphosyntaxiques.
PENCHOEN (1968) a ainsi noté que :
- la proposition
relative commence par le morphème lli. Ce fait n’est pas
spécifique aux PBT, sans être généralisé en berbère ;
- la forme
participale est perdue ;
- la négation est
exprimée par le morphème discontinu wl…c.
COLLINS (1981) relève une autre originalité des PBT, elle concerne les
satellites du verbe, viz., les pronoms personnels à fonction régime.
Cette originalité réside dans les faits suivants :
- syncrétisme des
formes des pronoms régime direct et celles des pronoms régime indirect
aux 1re et 2e pers. ;
- développement
d’une série spécifique de pronoms régime direct de la 3e
pers., viz., -ti(d), t.d, t.nd ; cette série est subordonnée à
la présence d’un autre satellite dans la phrase ;
- apparition des
formes verbales spéciales obtenues par " syncrétisme de métathèse ",
viz., (a)n.gh → (a)ghn, tn → nt ;
- émergence d’un
pronom pré-verbal de la 1re pers. sing. l dans le
parler de Guellala ;
- " l’attraction
" est régie par des règles syntaxiques particulières à chaque parler,
surtout d’ailleurs aux parlers Tamazratt et Douiret, viz., dans le
premier parler il y a attraction d’un seul élément satellite, les
autres suivent le verbe ; dans le second parler, l’unique satellite "
attiré " est celui de la forme du singulier.
3
- SITUATION SOCIOLINGUISTIQUE
La
situation sociolinguistique en Tunisie est complexe ; le marché
linguistique y est investi par des idiomes divers par leur histoire,
leurs structures, leurs fonctions et leur statut. Le berbère y occupe
une position marginale.
3.1.
Historiquement, au substrat berbère sont venus s’ajouter le phénicien,
le latin, l’arabe, le turc et enfin le français. Présentement, l’arabe
standard constitue la langue officielle, la variété dialectale
représente l’idiome le plus répandu. S. GARMADI (1972, p. 311) analyse
cette situation dans les termes suivants :
"
Tenant le rôle double de superstrat par rapport au turc et surtout au
français, la langue arabe, pour se maintenir, eut naturellement à mener
une double lutte linguistique. Et si la langue du Coran a réussi,
contrairement au phénicien et au latin, à bousculer et à remplacer
presque complètement le berbère en Tunisie, où il n’existe plus que 1 %
de berbérophones concentrés dans l’extrême sud du pays, si le turc n’a
eu sur elle qu’une influence passagère et superficielle, elle n’a réussi
par contre à se maintenir en face du superstrat linguistique français
que bien imparfaitement. "
3.2. La
situation particulière du berbère dans ce contexte est critique dans la
mesure où l’on assiste à une régression constante du nombre des
berbérophones, partant à la mort
lente mais, semble-t-il, inéluctable de la langue première de la
Tunisie.
En
effet, sur les 13 communautés recensées par BASSET (1952), 9 étaient
entièrement berbérophones, une quinzaine d’années plus tard 6 seulement
le sont encore (cf. PENCHOEN 1968). L’aire des PBT se rétrécit ainsi
comme une peau de chagrin. Les causes de ce rétrécissement sont variées
; PENCHOEN (1968) en énumère certaines, viz.,
- la pauvreté
économique des zones occupées par les berbérophones conduit à
l’émigration donc à l’assimilation linguistique et culturelle ;
- l’isolement
géographique des communautés berbérophones et leur enclavement dans
des régions arabophones imposent l’usage de l’arabe comme langue
transactionnelle ;
- la
scolarisation des jeunes et la promotion socio-culturelle de la femme
berbère - naguère considérée comme la gardienne de la langue -
poussent à l’adoption du bilinguisme berbéro-arabe ;
- le bilinguisme
berbéro-arabe est un fait largement répandu, le bilinguisme de l’homme
est plus fréquent que celui de la femme ou de l’enfant non-scolarisé ;
seuls les vieillards l’ignorent ;
- l’emprunt à
l’arabe est massif. Le nom emprunté garde l’article défini arabe, la
forme du pluriel est empruntée avec le nom. L’emprunt verbal est
également important du fait de l’homologie de certaines formes
berbères et arabes. Les morphèmes grammaticaux de l’arabe sont d’un
usage fréquent, c’est le cas des prépositions (qbel, bla), des
conjonctions (bac, u, àlaxater, baàdmen), des adverbes (bark,
blac, kulyum), etc.
PENCHOEN (1968, p. 183) résume ainsi cette situation :
"
En revanche, l’arabe jouit d’une grande puissance culturelle. Langue
de la nation, de la religion, de l’école (…), langue aussi de la radio
(et de la TV], l’arabe cerne le berbère de tous les côtés et le repousse
vers le seul emploi affectif, l’emploi au sein de la famille. "
Ahmed BOUKOUS
Université
Mohammed V, Rabat
Paru dans
Études et Documents Berbères, 4, 1988 : pp. 77-84
BIBLIOGRAPHIE
BASSET, R., 1883 : " Notes de lexicographie berbère ". Journal
Asiatique, pp. 24-34.
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Harakta et du Djerid tunisien ".
9e Congrès International des Orientalistes. Londres.
BASSET, A., 1938 : " Un pluriel devenu singulier en berbère ".
G.L.E.C.S., t. 3.
BASSET, A., 1950 : " Les parlers berbères ". Initiation à la
Tunisie. Paris, Adrien-Maisonneuve,
pp. 220-226.
BASSET, A., 1952 : La langue berbère. Handbook of African
Languages. London, Oxford.
BORIS, C., 1951 : Documents linguistiques et ethnographiques
sur une région du Sud tunisien (Nefzaoua}. Paris, Imprimerie
Nationale.
CALASSANTI-MOTYLINSKI, A. de, 1885 : " Chanson berbère de Djerba
". Bulletin de Correspondance africaine, pp. 461-464.
CALASSANTI-MOTYLINSKI, A. de, 1897 : " Dialogues et textes en
berbère de Djerba ". Journal Asiatique.
COLLINS, R., 1981 : " Un microcosme berbère. Système verbal et
satellites dans trois parlers tunisiens ". Institut des Belles
Lettres Arabes, nos 148, 149. Tunis, pp. 287-303, pp.
113-129.
GARMADI, S., 1972: " Les problèmes du plurilinguisme en Tunisie
", in A. Abdel-Malek, A. A. Belal et H. Hanafi (eds.) Renaissance du
monde arabe, Ed. J. Duculot, Gembloux, pp. 309-322.
PENCHOEN, T.G., 1968 : " La langue berbère en Tunisie et la
scolarisation des enfants berbérophones ". Revue Tunisienne des
Sciences Sociales, pp. 173-186.
PROVOTELLE, Dr., 1911 : Étude sur la tamazir’t ou zenatia de
Qalât es-Sened. Paris, Leroux.
STUMME, Dr., 1900 : Märchen der Berbern von Tamzratt im
Süd-Tünisien. Leipzig J.C. Hinrichs Buchhandlung. |