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La poésie chez les villageois (d’antan) : illustre ou
diffuse, rôles et rangs
Par
Tahar HAMADACHE
A propos de quelques traits de l’acte
poétique à travers des poèmes de mon village.
Avant propos :
Venu à ce colloque international avec, dans les bagages,
l’idée de promouvoir un site archéologique inédit, découvert
dans le champs d’action de l’association culturelle AMSED,
nous avons d’abord pensé à présenter un recueil de poésies
recueillies dans le village Ighil Oumsed.
C’était sans compter sans la bienveillante insistance de
Mlle Abrous de m’en faire tirer un petit travail de
recherche. Les conditions m’ayant amené à faire ce recueil
et celles consistant à en faire une présentation méthodique
étant tout à fait différentes, j’ai abouti à ce que vous
avez, aujourd’hui, devant vous.
Introduction :
C’est pendant les précédentes années de revendication
culturelle et linguistique que j’ai compris l’étendue de
l’apport que constitue la littérature orale pour la
conscientisation de
tous. Et c’est dans ce but premier que j’ai entamé un
travail de collecte tous azimuts : proverbes de toutes
sortes, anecdotes, pratiques et poèmes anciens, etc. Il faut
saisir l’âme populaire première -le terme ‘’aqbayli’’ ne
serait-il pas un synonyme arabisé de ‘’chawi’’, lui-même
probablement tiré de l’adverbe ‘’chaw’’ qui veut dire :
jadis, avant, initialement ?- pour pouvoir la mobiliser. Et
c’est naturellement dans le terrain qui s’est prêté le mieux
pour moi que j’ai procédé à cette activité, mon village,
Ighil Oumsed, principalement.
La société kabyle a comme sélectionné, ces deux derniers
siècles, de grands poètes à chaque grand tournant de sa vie,
comme pressée de se resserrer, d’unifier leur mot (ne
dit-on pas d’ailleurs : « ad nesdukel awal-nne& » ?). à
chacun de ces grands tournants, on peut distinguer au moins
deux grands poètes.
On peut ainsi prendre Ccix Muhen u Lhusin et Si Muhend u
Mhend pour le début de la colonisation ; Azem et El Hesnawi
pour l’après - seconde guerre mondiale ; Idir et Les Abranis
pour les années nationalisantes ; Ait Menguellat et Matoub
le long des
années MCB, etc.
Ces poètes ont toute la latitude de réformer, reformuler et
transfigurer les règles établies, tout en bénéficiant d’une
attention sans défaillance qui va parfois jusqu’à faire
croire à un consentement et à une complicité populaires
générales. Ils ont, en même temps, la caractéristique de
constituer en quelque sorte le contradicteur, et parfois le
parallèle, l’un de l’autre. Ceci a le mérite de mettre
posément les données de l’heure dans le giron populaire,
sans fausse honte et sans contrainte particulière, en
usant du précepte ‘’la hya f ddin’’. Mais c’est seulement
une façon de faire sauter les verrous de la communication.
La
démarche générale à adopter ne vient finalement que du fond
du terroir, des abysses de la mémoire. Et le résultat en est
tout aussi bien récupéré par la tradition, bien que les
coups de boutoir venus de l’extérieur, ravageurs et
successifs, y laisse aussi des séquelles indélébiles ou
peut-être, justement, pour atténuer l’effet de ces
dernières.
Pendant ce temps, et, d’ailleurs, tout le temps, des genres
entiers de poésie sont intériorisés à divers niveaux :
La poésie religieuse au niveau des Khouans ;
La poésie patriotique et nationaliste au niveau des
militants et des personnes politisées ;
La poésie érotique au niveau des jeunes hommes et femmes
(dont le désir n’est pas encore suffisamment assouvi ou
contrôlé);
La poésie guerrière au niveau des familles et descendants de
familles guerrières ;
La poésie cérémoniale et rituelle (cortèges et lendemains
nuptiaux, chants accompagnent les travaux, incantations,
berceuses, etc.) ne se révélant qu’aux occasions idoines.
Le fait peut paraître paradoxal,autant la société peut
laisser émerger des poètes aussi illustres que libres
detoute contrainte pouvant limiter l’élaboration de leur
pensée, autant il
n’était pas facile d’acquérir ce statut : il y avait bien
des poètes‘’professionnels’’, mais il n’était pas bien vu de
se faire ‘’Meddah’’, sauf par nécessité existentielle. On
sollicite bien les connaisseurs de la poésie cérémoniale,
mais elle s’accompagne toujours de tâches concrètes et les
connaisseurs de ce genre de poésie ont tout intérêt à les
joindre aux savoirs précis en rapport avec ces tâches. De
nombreuses gens peuvent élaborer leurs
avis, opinions ou expressions sur tout sujet qui leur tient
à cœur en poèmes très appréciés et souvent saisis au vol par
les mémoires des présents, mais de telles gens se satisfont
de faire passer le message, sans songer à briguer le titre
de poète.
Le cas de la renommée réglé, on peut se permettre un
classement du produit poétique. Nous pouvons distinguer :
1- une poésie professionnelle :
c’est le cas de celle des ‘’meddahs’’, des harangueurs de
guerre, etc. Le poète est dans ce cas pris en charge par la
société ou par la population qui l’engage.
2- une poésie événementielle,
sollicitée.
C’est celle qui prête son concours à la compréhension, à la
prévision ou au règlement de conflits ou problématiques
publiques. Si le poète touche quelque chose en retour dans
ces conditions, on aimerait plutôt parler de cadeaux de
reconnaissance que de rétribution dûe. D lehdeyya, macci d
taj3elt na& d llheqq.
3- une poésie cérémoniale :
cour, fêtes, moissons, magie, etc. Ici aussi,
quand le récitant reçoit quelque chose en retour, on préfère
parler de ‘’lmelh ‘ufus’’ (charme de la main), geste
convenable à rapprocher d’une indemnité que de salaire. Elle
est généralement anonyme.
4- une poésie quotidienne,
spontanée, désintéressée, réflexive et évoluant
dans les limites des règlements et comportements admis soit
de par son contenu, soit de par le cadre dans lequel elle
est énoncée : petit groupe, copinage, pour soi. C’est le
domaine naturellement acquis à celle ou à celui dont « Dieu
a dissipé la confusion dans la tête » (‘’ifra Rebbi
aqerru-yis’’) et que l’on appelle communément ‘’t/ahendaz/t’’,
le/la clairvoyant/e. Pour une telle personne, il va de soi
qu’une idée bien conçue s’énonce clairement, sinon
poétiquement. Quelle que soit sa condition physique,
psychologique, sociale ou matérielle, un poète de ce genre
ne s’aventure jamais loin de ‘’l’orthodoxie’’, des canons de
l’intégration locale. Et quand un fauteur prend tardivement
conscience de sa faute, il s’en prend à soi-même, se remet
en question, cherche toutes sortes de justifications,
méticuleusement élaborées, susceptibles de l’aider à être de
nouveau agrée aux yeux des siens.
Ce sont des enfants du système qui entendent le rester et
c’est par eux seuls que l’on peut réellement comprendre les
différents mécanismes qui le régissent réellement. C’est
justement l’opération je vous propose de tenter en vous
appuyant sur la présentation de quelques poètes et poèmes de
mon village, dans ce qui suit.
Quelques portraits :
Si Mohend-Sa3id At-Wej3ud
:
fils unique d’une famille maraboutique qui, pouvait-on
supposer, disputait le pouvoir religieux à la famille de
l’Imam attitré du village, Ccix Ttaher Ahedri.
Grâce à ses études islamiques, il était parvenu à faire
office de mufti adjoint de la localité et de ses environs.
Nous ignorons encore tout de l’époque et de l’étendue de
cette fonction qu’il avait eu à remplir en l’absence de son
beau-père, mufti attitré. Il avait vécu une histoire d’amour
très embarrassante, d’autant plus qu’il était déjà marié. Il
est né vers 1883 et est décédé peu de temps avant son fils
unique, tombé au champs d’honneur lors de la guerre pour
l’indépendance. Si Mohend Sa3id préférait déclamer ses
poèmes que de les écrire :
« Ad wen-hku& a lh’dd’ar » (J’ai à vous raconter, vous ici
présents…)
Cekkara. Fille unique
ayant hérité d’une grande fortune mais privée par la nature,
elle s’était mariée à un tueur à gages, notoire dans la
région, qui l’a séduite, intéressé qu’il était moins par sa
laideur que par sa fortune. Il divorça d’elle aussitôt qu’il
l’eut délestée de tout son héritage. Elle naquit vers 1887
et décéda dans les années 1940, seule. Elle aurait tant
voulu rédiger ses mésaventures et poèmes ; elle était,
hélas, illettrée :
« Ilaq-i leqlam d tedwatt » (il me faudrait bien une plume
et un encrier)
Mes3ud u Saleh’. Enfant
masculin unique de sa famille pauvre, il avait une passion
continue pour les connaissances agricoles artisanales et
techniques les plus diverses de son époque. Il s’est mis à
la poésie assez tard, vers la dernière décennie de sa vie.
Né en 1927, il mourut en 1982, laissant une flopée d’enfants
dont je suis un spécimen. Sa famille mise à part, personne
ne se doutait qu’il fut poète : parfait autodidacte pouvant
lire et écrire tant en arabe qu’en français, il se confiait
à son seul stylo :
« A leqlam-iw ad k-wafqe& » (Stylo mien, je serai en
concorde avec toi)
Benzehra. Né en 1888,
décédé de maladie en 1949, il a laissé bon nombre
d’héritiers qui ne connaissent pas grand-chose de lui : il
suffit de dire que le seul poème que j’ai pu
recueillir et qui lui est attribué leur était totalement
inconnu. Eternel enfant prodigue dont l’histoire reste à
retracer, insatiable voyageur qui vivait quand même de la
sueur de son front, il se confie à Iole pour
transmettre, de France ou il fut hospitalisé, un message à
sa famille restée bien entendu au village :
“Siwed’-as ay abehri sslam” (Transmet, O! vent, mon salut)
“I Ttawes d warray-is” ( A Taoues [sa femme] et ses enfants)
On voit bien, à ces quelques portraits, que chacun d’eux
emprunte sa propre voie de transmission, qu’elle soit celle
de son choix ou imposée, pour se mettre à l’exercice
poétique. Personne n’en attend ni salaire, ni renommée mais
chacun entend tout simplement relever le défi de manipuler
avec succès un moyen d’expression aussi intense
que les épreuves vécues, marquantes et agréables pour que ce
ne soit pas aussi vite dit qu’oublié. Ils pourraient tous
dire, à l’unisson avec la chanteuse Hnifa :
« Macci d le&na i t&enni& » (Ce n’est pas des chansons que
je chante)
« D lmehna i3eddan fell-i » (Ce sont les peines que j’ai
subies)
Les thèmes abordés :
La désillusion. C’est un
thème récurrent dans la poésie kabyle d’antan. La nouveauté
que la désillusion promet d’introduire dans l’expérience
individuelle jure le parfait contraste avec le décor
stéréotypé, cette sorte de métier à tisser, posé pour la
mise en valeur de chaque expérience vécue à l’échelle
individuelle. Cet état de chose n’est pas sans raison :
autant la désillusion entraîne celui qui la subit à se
singulariser, ce qui comporte donc la possibilité de se
reconstruire sur des bases plus ou moins individualisées,
voire individualistes, autant le décor ainsi planté pour ce
genre d’expression rapproche les expériences des individus
et leur donne une fonction plus socialisée, voire sociale.
Comme dans un rêve, le poète s’occupe d’un arbre fruitier,
d’un jardin merveilleux, jusqu’au moment attendu de la
cueillette, on se lèche déjà les babines mais, voilà, les
fruits sont tout
d’un coup transportés, hors de portée. La représentation par
l’oiseau aimé, apprivoisé ou encagé, va aussi dans le même
ordre d’idées. Ce procédé sert non seulement à cacher
virtuellement les atteintes subies au fond de soi, de
l’amour-propre, mais évite le renoncement découragé, source
d’innombrables conséquences fâcheuses tant par les réactions
défensives possibles que par propagation des sentiments de
désastre que cela induit. La force des poèmes construits en
fonction de ces stéréotypes se révèle toujours dans les
derniers vers, le dernier tercé lorsqu’il s’agit de neuvain,
comme dans ces cas de
figure :
« Tura mi d’igwed’ nnef3-is / Ikks-iy-itt bab-is / Nekk d’h’i&
d az’awali » (Maintenant que ses
fruits sont mûrs / son propriétaire me l’a reprise / et je
suis (re)redevenu pauvre).
Se3di Imexmuxen, membre d’un
groupe de khouans, aveugle, sans enfants, décédé vers 1977 à
l’age de 70 ans.
« Tura meqq°ret d ttejr’a / Tessgem &er berr’a / Nnef3-is i
wberr’ani » (Elle a grandi, à
présent : c’est un arbre / tournée vers l’extérieur / ses
fruits sont pour
l’étranger).
Mes3ud U Saleh’.
« Tura infell-as-d ssedd / D asyax deg-s iwt-ed /
Iruh’ ur iban latr’-is » (Maintenant qu’un torrent y fût
dirigé / l’éboulement l’a emporté / il n’en reste aucune
trace) (« Les
poèmes de Si Mohend », Mouloud Feraoun, P.67)
Quand on peut ou quand on est dans la nécessité de désigner
la cause concrète de la désillusion, sans craindre de
débordements, soit que la cause en est une personne sas
grâce, sur laquelle on a certains droits ou que la cause est
déjà socialement identifiée
voire combattue, on y fait clairement référence, quitte à
révéler ou reconnaître une part de son erreur. Elle est
assortie d’autres thèmes comme La démarcation comme
dans un
poème de Si Muh’end Sa3id At Wej3ud : « Zi&en d abrid n
ttejjar’ / injer’-it ud’ar’ / Nekk kki&-tt deg h’aderka »
(C’est finalement une route commerçante / tracée par les pas
/ Et moi, je me suis enthousiasmé !) ;
La compassion, comme
chez Se3di
Imexmuxen : « Tura ye&li deg-s nnur’ / Yeqq°l am uzerzur’ /Atan
yeff&-ed ‘f u3ekk°az » (A présent, il n’est plus radieux /
il est aussi maigre qu’un étourneau / le voilà sorti, appuyé
sur une canne) ;
Le dédain, comme le
poème de Qami G We3li (1886-1958 ?) : « Tura mi ye3del
ss’r’aya / itt&ill akk’ ay gella / Ittu i g3eddan fell-as »
(Maintenant qu’il a acquis villa / il se croit avoir
toujours été ainsi / il a oublié tout ce qu’il a subi) ;
Le reproche, comme dans
un autre poème, un sizain cette fois, de la même poétesse :
« Tura mi d-igwed’ Muh’end / Kul wa ansa d-ismuchub »
(Maintenant que Muh’end est arrivé /
chacun sourit flatteusement de son coté) ;
La colère, comme dans ce
poème de Mes3ud U Saleh’ : « Ma d tura leb&i-ne& ifut /
Zekk°r’en-a& tagurt / D leh’bas i da &-d-is’ah’en » (Mais à
présent, notre désir est perdu / On nous a fermé la porte /
Ce sont les prisons qui sont notre lot)
Le Désarroi :
« 3enna&-ak Win teth’ibbid’ / Lqesd-iw tez’r’id’ /3fu-yi,
tqebled’ le3der’ » (Je te prie
par Ton Aimé / Mon intention est connue de Toi /
Pardonne-moi et accepte l’excuse) A propos d’erreurs
reconnues, accompagnées de prières adressées à Dieu,
Si Muhend SaidA t Wej3ud ;
“Macc’ am nekk ur s3i& h’edd / Leh’bab ulah’ed / Yal titt’
td’eggr’-ed tala” (ce n’est pas comme moi : je n’ai personne
/ d’amis, il n’y en a nul /chaque oeil a diverse une
fontaine)
Se3di Imexmuxn;
« A yemma, nekk yexde3 Qessam / I&elt’-i g zzmam / A wi
ycar’3en d rr’ay-is » (Mère ! Et
moi lâchée par Dieu / Il s’est me concernant trompé de
registre / Que ne puisse-t-on s’ester soi-même en justice),
Wnissa l-Lhadj (1883-196…) ; « A tirz’i terr’ez’d’ ay ul /
Ur tufid’
h’edd ad k-imne3 ! » (Tu es incommensurablement brisé, mon
cœur / sans trouver nul venir à ton secours !), de la même
poétesse ; « Win i qesde& yewhem / Ur uki& i llhemm / Armi
ted’r’a yid-i lfawatt » (Chacun de mes confidents s’étonne /
Je n’ai senti le malheur / Que lorsque tout est perdu),
Cekkara ;
« Ma jji&-k, ss’ur’a-w tefna / Ma tbe3&-k, meddn ukk slan »,
indéterminée.
Suggestions et allusions :
Sur le ton de la menace, Si
Muhend Said dit : « Lukan
tset’h’in le3r’ur’ / Berka-ten le3r’ur’ / Ur qqazen ard
d-alin waman » (Si les vils avaient honte / Ce serait assez,
pour eux, de parler / Ils ne creuseraient pas de crainte que
l’eau jaillisse) ;
Sur le ton de l’appel :
« Yyaw ad neqqimet i lumur’ / ad nessalit ss’ur’ / Ad
neh’jeb amkan l-ladan » (Venons-en à régler vraiment les
problèmes / à construire encore plus haut le mur / à
soustraire le lieu de l’appel à la prière aux regards
indiscrets). La suite de ce poème de Si Mohend Said appelle
une autre lecture de ce poème ; on faisait courir la rumeur
que cet endroit près de la mosquée servait de lieu de
coprésence proche avec son ex-amante, autant l’accuser de
l’y rencontrer ;
Sur le ton du souhait,
Se3di Imexmuxen, aveugle et pieux, appelle ses compagnons à
l’aider à satisfaire un
petit caprice : « A wi’ yruh’en &e rye&zer’, ad iccef / ad
irn’ ad issucef / Ad d-izg wul-is yethenna » (Ah ! pouvoir
aller dans la rivière pour y nager / puis s’y laver / le
cœur en ressentira la paix) ;
Sur le ton du rappel de
l’imperfection de la condition humaine,
Wnissa l-Lhadj suggère à ses auditeurs de minimiser une
faute commise : « Llah lh’edd, s at Rebbi / N&err’en ukk
medden s ttme’ » (Dieu est unique, à l’adresse des croyants
/ tout le monde s’est un jour trompé par convoitise) ;
Sur le ton de l’admiration,
Wnissa Talfennict fait cette extraordinaire proposition à
propos d’une jeune fille : « A wi tt-yawin &er leswaq / Ad
tt-id-imh’edwaq / Ad iban w’ ar ad tt-yawin ! » (Si on
pouvait l’emmener de par les marchés / pour qu’on se
l’arrache / et quapparaisse enfin à tous qui l’aura prise !)
;
Pour avertir des résolutions extrêmes auxquelles une bru
allait être poussée par sa belle-famille, cette poétesse
indéterminée dit : « Ad ruh’e& ad jje& argaz-a / D tagi y d
ljaza / Mreh’ba a ssyadi s ttesr’if » (Je vais abandonner
cet homme / ça en est la sanction / et bienvenue en cela,
messieurs, à la mendicité) ; Faisant allusion à lui-même,
Se3di Imexmuxen s’est un jour laissé à prêcher : « Sut Yi&il
time3zuzin / Selfemt i wgujil meskin » (chères filles d’Ighil
/ caressez le pauvre orphelin).
La satire :
Sous forme de serment, pour ouvrir le poème, avant de
révéler les tares du héros, dans la suite du poème et de le
vouer à la solitude, Qami G We3li dit : « 3uhde& tikli d
3mar’a / Ala abrid-a / Seg ul, macci d aqesser’ » (Je fais
le serment de ne plus aller nulle part avec Amara / mise à
part cette fois-ci / c’est venu du cœur, sans blague) ;
Appliqué sur elle-même, ce poème révèle une prise de
conscience de son état et une douleur mortifère de la
poétesse. Accompagné d’une justification fataliste, elle
appelle à la
compassion et au réconfort : « Wezne& d uqjun, yif-iyi /
Lwe3d yett’f-iyi » (Je me suis mis en balance avec un chien,
il vaut mieux que moi / Le Destin m’a tenue) ;
A propos de son truand de mari réuni avec ses amis. L’autre
vers de ce poème de Cekkara camouffle la signification
injurieuse du premier… tout en la révélant : « A lukan llan
yergazen / […] / Kunwi d leh’bab 3zizen / […] » ( S’il y
avait –vraiment- des hommes / […] / Vous, vous êtes des amis
chers [les uns pour les autres]) ;
Pour fustiger sa femme qu’il aimait fortement mais qui, se
faisant trop d’amies, perd de sa discrétion –et donc de son
rang-, un poète indéterminé dit : « Tura tu&aled’ d a&erbal
/ Ger At Yi&il wi yb&un yessif » (A présent, tu t’es
transformée en tamis / parmi les Ighiliens, quiconque
sasse).
Il n’est pas aisé de procéder au classement selon les thèmes
classiques, le poème comportant dans sa concision souvent
plusieurs registres. Décoder puis relier les non-dits, les
demi-mots, les allusions doivent servir pour aller au bout
de la pensée du poète villageois.
Et c’est alors qu’apparaissent les motifs
d’orgueil, de dignité, de
satisfaction, d’admiration et ceux de la compassion, de la
compréhension ou encore ceux de al colère, du dépit, de la
jalousie et ceux enfin de la honte, de l’infamie, de
régression sociale… C’est au bout de cette quête que
l’on commence à distinguer jusqu’à quel point un fait
pouvait-il être tu, justifié,
un désir satisfait u au contraire combattu, reproché, révélé
à l’opprobre générale. C’est un peu ainsi que l’on peut
reconstituer la véritable nature des rapports qui
régissaient tant la vie de l’individu que celle du groupe
villageois
T. H.
(Novembre 1997)
Contact : thamadachedz@yahoo.fr
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