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Imetlâa : la Voix de l’exil
Imetlaâ, c’est la superbe histoire de plusieurs jeunes musiciens
rifains qui ne veulent être rien d’autre qu’eux mêmes : des
Imazighen libres et fiers.
Parcours singulier d’un groupe de musique amazigho-néérlandais.
Hasard
Imetlaâ se sont produits récemment à Rabat et
l’été dernier à Tanger et à Biya (Al Houceima). Leur musique a fait
danser des milliers de jeunes assoiffés de leur culture. Elle a
aussi fait pleurer plusieurs inconditionnels de la musique amazighe
moderne, contestataire et revendicative. Ces musiciens jeunes et
pleins de vie avaient trouvé leur chemin vers la musique
professionnelle en 1996. Le hasard était sur leur chemin. Il
changera leur vie à jamais. Ils avaient décidé de participer à la
chasse au talent "Plankenkoorts" aux pays Bas où ils vivent. Mohamed
Allati, guitariste du groupe raconte : "Nous avons participé juste
pour s’amuser et faire connaître la culture amazighe aux Hollandais.
Tous les membres du groupe faisaient de la musique, mais aucun d’eux
ne le faisait professionnellement".
"Pour participer au concours, il nous fallait un nom. Nous avions
passé plein en revue qui nous conviendraient, mais ils étaient déjà
choisis par d’autres groupes musicaux", poursuivit Mohamed.
Dans leur quête, ils trouvèrent un nom qui les charma : "Imetlaâ".
Ce nom est plutôt à connotation négative dans la culture amazighe du
Rif. Il signifie, en effet, "les clochards" ou les "sans abris".
Après une longue réflexion, ils décidèrent de garder ce nom. "Il
était fait pour nous. Le groupe s’appellera donc
Imetlaâ et le public interprètera ce nom comme il l’entend" me
confie Mohamed.

Le groupe Imetlaâ, fraîchement créé, avait gagné
le concours de la chasse au talent. Ses membres décident alors de
poursuivre leur chemin et faire de la musique professionnelle. C’est
ainsi qu’un groupe de musique amazigho-Néérlandais est né. Il se
produit, depuis, dans divers podiums et événements en Hollande, en
Belgique et dans plusieurs autres pays à travers l’Europe.
An-nili
Quelques années après, Imetlaâ enregistrent en
Hollande l’album "An-nili" (On existera), leur premier CD. "An-nili"
est le titre d’une chanson mélancolique écrite par Abdesslam
Achehbar, un jeune chanteur rifain qui a trouvé la mort noyé dans la
mer, en essayant de regagner l’Europe sur le dos d’une barque de
fortune. Une chanson-hommage à l’un des enfants du Rif happé par le
désespoir. (Voir
notre article sur Tamazgha.fr)
Les chansons d’Imetlaâ traitent de l’exil
difficile à vivre, de l’identité amazighe étouffée en Afrique du
Nord et des espoirs des jeunes amazighs. Il chantent aussi
l’aliénation, l’amour inaccessible, l’identité et la position de la
femme. L’enthousiasme d’Imetlaâ pour chanter en
Tamazight, m’explique Mohamed, est encore plus fort du fait que
Imazighen ne sont guère représentés aux Pays Bas. Bien que la
population originaire de Tamazgha occidentale (Maroc) aux Pays-Bas
est en majorité amazighe, il ne sont représentés sur aucun plan. Le
noyau de leurs œuvres est la musique amazighe traditionnelle du Rif.
Avec la conservation de ce noyau, le groupe Imetlaâ
se laisse inspirer par d’innombrables sonorités musicales et styles
différents, dont le rock. Le plus vigoureux des instruments de
percussion, "Adjun" (allun) traditionnel et la "darabouka"
continuent à former le fil rouge.

Inspiration
Dans leur musique, Imetlaâ s’inspirent d’Idir.
Mohamed explique la raison : "Avec son hit sensible et connu
A vava Inuva, il a apporté la renommée
internationale à la musique amazighe dans les années soixante-dix.
D’ailleurs c’était Idir qui avait donné à la musique amazighe
authentique un air plus moderne qui lui a valu une place dans la
musique mondiale. Grâce à cela, la musique amazighe s’est trouvée
accessible à un public plus large". Le groupe s’inspire aussi de
Takfarinas et de Khalid Izri, le plus éminent des jeunes chanteurs
rifains.
Les jeunes "sans abris" préparent déjà un autre album.
Bon vent.
L. Azergui
Source: tamazgha.fr
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