Mercredi 05 Avril 2006
Le département de la langue berbère tarde à voir le jour dans
les Aurès. Les nombreuses tentatives et autres démarches
entreprises depuis maintenant une décennie pour faire aboutir
ce projet sont restées vaines. L’idée d’un département pour la
langue berbère dans les Aurès remonte en effet à 1995, date de
la création du Haut Commissariat à l’amazighité. Cette jeune
institution l’avait d’ailleurs inscrite, dès son installation,
dans son programme d’action. Mais quand bien même les
prérogatives exécutoires dont jouissait le HCA force est de
constater que l’on n’a pas pu mener à terme ce projet.
Les pesanteurs étaient, dit-on, tellement fortes que l’on a
fini par différer l’ouverture de ce département. Selon un
ex-membre du HCA, l’absence d’un statut juridique de
l’amazighité à l’époque a donné lieu à des réticences, voire à
des attitudes négatives à l’encontre de la promotion de cette
composante importante de l’identité algérienne.
L’évolution positive, depuis quelques années, de tamazight
avec notamment sa consécration comme langue nationale dans la
Constitution le 8 avril 2002, a ouvert de nouveaux horizons et
redonné de l’espoir quant à l’ouverture de ce département. Le
projet fut ainsi relancé en 2004 et une commission fut mise
sur pied à l’université Lhadj-Lakhdar de Batna pour accélérer
l’ouverture de ce département. Plusieurs réunions ont eu lieu
à cet effet pour peaufiner cette “fiche d’habilitation”
nécessaire à ce genre de projet.
Tout a été mis en œuvre, selon un membre de cette commission,
pour concrétiser cette fois-ci le projet. ہ telle enseigne que
les encadreurs ont été même “sommés” de signer un engagement
écrit pour assurer les cours dans ce département après son
ouverture. Le dossier ainsi ficelé eut, sans peine, l’aval du
conseil scientifique de l’université mais pas celui du
ministère, au grand étonnement des membres de la commission.
Le refus de la tutelle est pour le moins
incompréhensible, et chacun y va aujourd’hui de son
propre avis pour expliquer ce blocage. “Les Aurès, disent
certains, est la chasse gardée du pouvoir et rien ne se fera
dans cette région, tant qu’il n’y a pas une volonté sincère de
réconcilier l’Algérie avec son histoire millénaire.”“Notre
région, estiment d’autres, doit être mise à l’écart des
recherches qui se font dans le domaine berbère. Elle ne doit
servir que d’un faire-valoir au service d’une certaine
politique.”Des démarches similaires ont été, récemment,
entreprises par le centre universitaire de Khenchela pour
faire aboutir ce projet, mais sans aucune suite. Le blocage de
ce projet est, dit-on, motivé par des considérations
politiques, puisque des départements de “moindre intérêt” ont
vu le jour dernièrement dans les deux universités comme ceux
de l'interprétariat, de l'anthropologie culturelle, de
l'éducation physique…, alors que celui de tamazight est
toujours à la traîne. Aujourd’hui, en l’absence d’un
département, l’on voit mal comment l’ةtat pourrait
réhabiliter et promouvoir cette langue. Un espace
universitaire dans la région est d’autant plus nécessaire
qu’il contribuerait à apporter des réponses aux nombreuses
questions relevant de la linguistique, de la
sociolinguistique, de la pédagogie et même de l’encadrement.
D’ailleurs, l’enseignement de tamazight dans la région en
pâtit terriblement aujourd’hui. Il connaît chaque année un
recul sensible faute, justement,d’enseignants.
Salim Guettouchi
liberté 03/04/2006
source: chawi.over-blog.com/